Xasan Cilmi Diiriye naît vers 1925 à Carraweyne, Awdal (Somaliland), au sein d’une famille d’éleveurs. Ses parents ne composaient pas : son don pour la poésie, dira-t-il, lui fut donné en propre. Enfant, il retient par cœur les vers qu’il entend autour de lui.
À vingt-et-un ans, il quitte la brousse pour Djibouti. Son père, qui le chérit, vient le ramener au pays ; mais deux ans plus tard il revient s’installer définitivement dans la ville. Il travaille d’abord à la compagnie du chemin de fer, puis, à partir de 1955, au port de Djibouti, où il reste jusqu’en 1966. Le soir, il étudie : il apprend à lire et écrire le français.
Il épouse Khadra Abdillahi Boqorre, dont il a sept enfants. Homme de caractère paisible, réputé pour sa droiture et sa piété, il porte dans sa poésie un amour du pays, des siens et de la langue qui traverse toute son œuvre.
La naissance d’une voix
Le désir de composer le saisit en 1957 ; il livre son premier maanso en 1960 — l’année où, pour la première fois, un drapeau somali est hissé. Sa première pièce de théâtre, écrite pour financer l’école du soir, ouvre un corpus qui comptera plus de vingt riwaayado. Parmi elles, Saddex baa isku faantay reste la plus présente dans la mémoire collective : un miroir tendu à la culture d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Dans les années 1960, il rejoint l’une des grandes troupes artistiques de Djibouti, Bonne Espérance, dont il devient le principal auteur-compositeur. « L’art est le visage de la nation », aimait-il dire — « une nation sans art n’a pas de visage ».
L’engagement et l’indépendance
Sa poésie devient une arme du combat indépendantiste. Lors de la révolte de 1966, il joue un rôle de premier plan — ce qui lui vaut, comme à des milliers d’autres, d’être renvoyé de son emploi au port. Longtemps morcelées sur des bases claniques, les trois grandes troupes — Caarrey, Bonne Espérance et Union de la Jeunesse — fusionnent en 1971 sous le nom de Gacan-macaan ; les organisations politiques s’unifient en 1973. Xasan Cilmi est au premier rang de cette unification.
La nuit du 27 juin 1977, quand le drapeau de Djibouti indépendant s’élève, il compose « Ma ku joojay calankii ». Deux ans plus tard, « Waan ka dhiidhiyey » (1979) porte un regard lucide sur les promesses de la libération. Il contribue aux deux grandes chaînes poétiques pan-somali : Siinley (juillet 1973) et Deelley (« Durkiyee an dhaafee », 1980).
Le traducteur de qasidas
Signature rare parmi les poètes de sa génération : il traduit directement de l’arabe vers le soomaali une dizaine de qasaa’id religieuses (Nebi Ammaan, Alla Bari), en restituant la structure poétique et non seulement les mots. Voix régulière de la Radio Télévision de Djibouti (RTD), aux côtés de son ami Maxamed Ibraahim Kulmiye, il reçoit des mains du Président Ismaïl Omar Guelleh la médaille nationale, le 27 juin 2002.
Xasan Cilmi Diiriye s’éteint le 13 juillet 2009 à Djibouti, laissant une œuvre immense de gabayo, heeso, riwaayado et qasaa’id.
Source principale : document d’archive RTD — « Sooyaalkii Abwaan Xasan Cilmi Diiriye », Cabdalla Xaaji Cusmaan, avril 2010. Résumés et paraphrases ; aucun vers intégral reproduit sans confirmation des droits.